
Voilà. Mes parents partent demain en vacance au Maroc. Voilà ce que je délaisse pour un été ici. Pour bosser, m'assumer et pouvoir partir à mon tour en vacance. Pour rester avec chéri.C'est un choix. Certes. Mais quand même ça me fout un peu le blues... Faut dire que j'ai dix ans de souvenir dans cet endroit. Celui de toutes mes premières fois. Un petit village, trois rues, l'océan, les dunes, des potes, des bouteilles de Gin frelaté... Rien de trés réjouissant finalement mais c'était Mon endroit.
Cela va être ma deuxième année sans Maroc. J'ai envie d'y retourner. Mais ça fait flipper. Me reste-t-il des amis là-bas? Je n'ai rien contre l'idée de passer des vacances solitaires dans un micro village mais difficile de ne pas les croiser! Est-ce que je sais toujours nager dans les vagues, le courant et tout? Oui ça c'est sûr... Est-ce que je sais encore parler arabe? De moins en moins.

Est-ce que je pourrai encore passer mes soirées à faire des feux de camps, à boire et à danser? Oui... Bref, ça me manque et ça me manque pas. Je voudrais y aller mais je n'ose pas. Et de toute façon, la question ne se pose pas pour le moment. Je suis un peu triste. Je n'ai rien à voir avec ce pays, au niveau des origines, mais il m'avait adoptée étant donné que de pays, moi, j'en ai pas.
C'est le drame des expatriés et de la communication transgénérationnelle: Moi je suis née ici, mais mes parents sont nés en Algérie. Ils m'ont transmis une nostalgie qui n'était pas la mienne. Ils m'ont transmis l'état de déraciné comme fondation de notre culture. Nous sommes des gens du voyage. Nous craignons de nous attacher à un lieu, à des gens... Ma famille est née et s'est enracinée dans un pays qui n'était pas le sien. On les a chassés (à juste titre je pense) et ce traumatisme traine, de génération en génération.
Nous chantons "c'est nous les africains", nous revendiquons une culture propre, celle des pieds noirs qui mange du couscous mais se différencient des arabes (on se demande par quoi). Le magrheb nous attire, m'attire. Je m'y sens chez moi. Pourtant las-bas, je suis la française et ici l'arabe de service. Chez les juifs je suis goy, chez les musulmans je suis juive et chez les cathos je suis louche...
Je n'ai rien à moi. Pas de terre, pas de racine. Un rhizome. Las-bas, dans ce petit village de pêcheurs j'avais posé une partie de mes racines, à tort. Et me voilà comme avant.. dans l'expectative. On m'a encore enlevé la terre que je croyais être mienne. Ou alors c'est moi qui ai fait ce choix.. peu importe. Je ne suis de nulle part.





